Qu'est ce que le Ridotto de Venise ?

16 novembre 2018
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Avec l’autorisation de la République de Venise en 1638, le Ridotto ouvre ses portes dans le Palazzo Dandolo, à San Moisè, non loin de la place Saint-Marc. 
La salle principale du Ridotto accueille de nombreuses tables de jeu et présente un plafond à poutres apparentes et des murs habillés de cuir rehaussé d’enroulements dorés. Ce Ridotto, qui occupe alors onze des salles du palais, est la première maison de jeu gérée directement par l’État, désireux de concentrer en un lieu unique les jeux de hasard qui jusqu’alors, et malgré les interdictions émises par la République, se pratiquaient un peu partout. L’État entend faire également affluer dans ses caisses une large part des sommes colossales brassées quotidiennement par les maisons de jeu. Le Ridotto reste ouvert durant l’interminable carnaval vénitien

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Les personnes qui le fréquentent, qu’elles soient vénitiennes ou étrangères, sont tenues de porter un masque. Très vite, grâce notamment à la possibilité de garder l’anonymat, le Ridotto devient un pôle d’attraction important pour les patriciens locaux comme pour les visiteurs venus de l’étranger avec l’intention de prendre part au carnaval de Venise. Parmi les plus prestigieux d’entre eux, Frédéric IV, roi du Danemark, attiré par la renommée internationale du Ridotto et par sa passion du jeu.
Mais c’est  aussi un lieu où rois, prostituées, ambassadeurs, aventuriers, aristocrates et usuriers jouent côte à côte, dans un brassage et une promiscuité typiques du carnaval vénitien, qui a d'ailleurs contribué pour une large part au mythe de Venise, la Venise licencieuse, celle-là même qui a fasciné des générations entières de voyageurs et d’artistes.

Mais c'est cette promiscuité et son caractère licencieux qui sont à l’origine de la fermeture de cet endroit. En effet, le 27 novembre 1774, à la suite d’une requête formulée par les Correcteurs des lois, le Conseil des dix en ordonne la fermeture malgré les protestations des clients et de ceux qui tirent avantage de l’afflux des joueurs. En réalité, cette décision d’ordre moral fut motivée par la dissipation des capitaux des familles vénitiennes, par la présence continue dans les salles d’entremetteuses et de prostituées et par les relations d’affaires illicites qui se nouaient là entre usuriers et barnabotti (les aristocrates qui tenaient les banques de jeu).

 

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Francesco Guardi, Il Ridotto, palazzo Dandolo a San Moise, Museo del Settecento Veneziano - Ca’Rezzonico, 2018 © Archivio Fotografico - Fondazione Musei Civici di Venezia.

Clairement exposés dans la requête des Correcteurs des lois, ces faits trouvent une illustration dans le tableau de Francesco Guardi, peut-être la représentation la plus célèbre du Ridotto (ci-dessus).
À l’extrême gauche, un barnabotto prête de l’argent à un gentilhomme masqué, tandis qu’à droite un autre Barnabotto se trouve en compagnie d’une femme tenant un fuseau et une quenouille – éléments distinctifs des sorcières et des prostituées dans la peinture hollandaise du XVIIe siècle – et d’un homme qui lui remet une clef extraite d’un gros trousseau : un fait facile à interpréter, qui confirme la présence d’entremetteuses et de prostituées dans le Ridotto. Quelques années à peine après sa rénovation, le Ridotto cessa donc de fonctionner. L’édifice devint le siège d’une instance gouvernementale qui l’utilisa par ailleurs comme dépôt de matériel. Sous la domination française, il retrouva son ancienne fonction pour une brève période, mais, après l’arrivée des Autrichiens dans la ville, il ferma à nouveau ses portes. Par la suite, il fut utilisé surtout pour accueillir des fêtes durant le carnaval.

Retrouvez l'esprit du carnaval dans l'exposition Éblouissante Venise avec les Éclats nocturnes, chaque mercredi soir entre 20h00 et 21h30 : théâtre, musique et danse au coeur de l'exposition ! 
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