Miró le rêveur

Découvrez l’époque surréaliste de Miró où il invente un monde poétique, inconnu jusqu’alors dans la peinture du XXe siècle avec un langage résolument novateur !
7 novembre 2018
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Je ne rêve jamais la nuit, mais dans mon atelier je suis en plein rêve. […]
C’est quand je travaille, quand je suis éveillé que je rêve. […]
Le rêve est dans ma vitalité, pas dans les marges, pas provoqué. Jamais.

Joan Miró, Ceci est la couleur de mes rêves, 1977

 

En 1923, Miró vit et travaille dans son atelier de la rue Blomet à Paris. Il partage les préoccupations de ses amis écrivains et en comprend les nouveaux enjeux. Il plonge alors dans un univers poétique qui le libère des carcans de la tradition. La réalité visible n’est plus son modèle. Les éléments du réel se métamorphosent désormais en un système de signes. L’imaginaire se déploie pour se substituer à la représentation du réel. Sur des fonds monochromes comme extraits du ciel ou de la terre, bleus ou ocres, s’inscrivent des signes qui renvoient au potentiel lyrique des objets.

 

Zoom sur Peinture-poème (Photo : ceci est la couleur des mes rêves), 1925, New-York, The Metropolitan Museum of Art

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Joan Miró, Ceci est la couleur de mes rêves (peinture-poème)
1925, New York, The Metropolitan Museum of Art
© Successió Miró / Adagp, Paris 2018 Photo The Metropolitan Museum of Art, dist. Rmn-Grand Palais / image of the MMA

Peinte à Mont-roig au cours de l’été 1925, cette toile radicale de Miró, qui fait fonction d’emblème et de programme, est une de ses plus célèbres. En liant clairement la couleur bleu azur et le domaine du rêve, elle inaugure la grande série, ininterrompue jusqu’en 1928, des peintures dites « de rêves » ou « peintures-poèmes ». Si l’écriture graphique de ce projet peut s’apparenter à l’écriture « automatique » d’un calligramme, il semble que le véritable « travail du rêve » doive être situé au moment même de l’exécution de la peinture. Partant de l’idée d’une photographie, Miró n’en fait pas une reproduction, ni même un collage, mais peint soigneusement, avec pleins et déliés, le mot « Photo » sur le haut de sa toile, ce qui était selon lui « plus dans la lignée de Picabia que de Breton ». À l’oblique du mot « Photo » apparaît, sur le fond neutre de la toile, une tache bleue informe, déjà exactement gouachée dans l’esquisse d’un carnet. En dessous est inscrite une légende manuscrite, qui a valeur de manifeste : ceci est la couleur de mes rêves. Jamais tableau ne fut plus directif avec si peu de moyens : ceci désignant au spectateur les intentions et les outils du peintre.

 

 

Retrouvez cette oeuvre dans l'exposition Miró au Grand Palais
jusqu'au 4 février 2019 ! 

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