Canaletto et Guardi : maîtres de la Veduta vénitienne !

Découvrez la carte postale du XVIIIe siècle : la Veduta !
29 octobre 2018
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La Veduta (ou vedute au pluriel) est une vue peinte très détaillée, en général de grand format, d’un paysage urbain ou d’autres panoramas qui reproduit ce que le regard saisit. Par la rigueur des lignes tracées, l’exactitude topographique, les peintres restituent le cadre de la vie quotidienne avec précision.

Depuis le Moyen-Âge, ce que l'on appelle le "Grand Tour" est un voyage effectué à travers l’Europe par les jeunes aristocrates anglais, allemands, français, suédois, etc, afin de parfaire leur éducation humaniste. Au XVIIIe siècle, en souvenir de leur séjour, ces voyageurs rapportent de Rome des tableaux de ruines antiques par Giovanni Battista Piranese ou Giovanni Paolo Pannini et à Venise, ils achètent des vues de la ville de Canaletto ou de Guardi.
Si d’orgueilleuses représentations de la ville, savamment décrites, existent déjà à la Renaissance, chez Vittore Carpaccio par exemple, c’est l’influence de la peinture nordique qui est à l’origine de la naissance de ce genre au début du XVIIIe siècle.

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Lucas Carlevarijs, L’Entrée du comte de Gergy, ambassadeur de France à Venise, au Palazzo Ducale le 5 novembre, 1726 Huile sur toile, Fontainebleau, dépôt du musée du Louvre au château de Fontainebleau
Photo © Rmn-Grand Palais (Château de Fontainebleau) / Gérard Blot  

Parmi les pionniers, Luca Carlevarijs (1663-1730), dépeint dans un esprit scientifique de larges vues des places de Venise, baignées dans une lumière claire et uniforme et animées de petites silhouettes. Comme lui, à la génération suivante, Canaletto par exemple, utilise la camera oscura, ou «chambre noire», une boîte optique dans laquelle la lumière pénètre par un orifice et vient frapper un verre poli sur la paroi opposée. L’image extérieure se projette sur le fond et en appuyant une feuille de papier légèrement transparente, on peut dessiner le paysage qui apparaît. Utilisé comme aide-mémoire, cet outil permet en outre d’exagérer à loisir les points de vue, les proportions, l’ouverture des angles.

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Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto (Venise, 1697 – Venise, 1768) Vue du Palazzo Ducale vers la Riva degli Schiavoni, vers 1740, Huile sur toile, Milan, Pinacoteca del Castello Sforzesco 
© Civico Gabinetto dei Disegni del Castello Sforzesco

Les Anglais jouent un rôle particulier dans l’essor de la veduta car ils raffolent de Venise. Sur place, le londonien John Smith, marchand et mécène, consul entre 1744 et 1760, sert d’intermédiaire entre les riches clients et le peintre Canaletto qui a leur faveur. Smith lui-même collectionne ses tableaux. Il les fera graver et réunir dans un recueil en 1735. La collaboration entre le peintre vénitien et ce diplomate s’étend sur les décennies 1730-1740 et nombre de grands aristocrates lui commandent des vedute qui, dans leurs châteaux anglais, prennent place aux côtés des vues de Rome. Bernardo Bellotto, peint à ses débuts à la manière de Canaletto. Il évolue progressivement vers une description plus appuyée et plus solide des architectures et de leurs matériaux. Invité dans les cours de Dresde, Vienne et Varsovie, il est celui qui exporte la veduta en Europe centrale.

Le genre s’essouffle à la fin du siècle, avec la mort de ses principaux protagonistes (Francesco Guardi meurt en 1793), la chute de la République de Venise et la fin du Grand Tour.

 

Venez admirer les vedute au Grand Palais dans l'exposition Éblouissante Venise ! jusqu'au 21 janvier 2019 ! 

 

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