Carte d'identité Joan Miró

20 décembre 2018
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Carte d'identité

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Salle de l’exposition «Miró (Grand Palais 2018), entrée et première salle «Un Fauve catalan» © Didier Plowy, Paris 2018

 

Nom de naissance: Miró i Ferrà 

Prénom : Joan

Nom d’artiste : Miró

Date de naissance : 20 avril 1893

Nationalité : espagnole

Professions : peintre, sculpteur, graveur, céramiste

 

  • Côté famille :

Joan Miró i Ferrà nait à Barcelone (Espagne) le 20 avril 1893.
Son père, fils de forgeron, est orfèvre et possède une bijouterie-horlogerie.
Sa mère est fille d’un ébéniste.
Il a une sœur, Dolores, de 4 ans sa cadette.

Miró se fiance à Pilar Juncosa en juillet 1929, « la plus douce et la plus douce des fiancées ». Ils se marient le 12 octobre dans l’église San Nicolas à Palma (île de Majorque, îles Baléares, Espagne). 
Naissance de leur fille unique, María Dolores, le 17 juillet 1930 à Barcelone.
Miró a quatre petits-fils:  en 1958, naissance de Emilio Fernández Miró;  en 1955, naissance de David Fernández Miró; en 1968, naissance de Joan Punyet Miró; en 1971, naissance de Teodor Punyet Miró.
En 1981, son arrière petite-fille naît : Lola Fernández Jiménez.

  • Formation, découvertes et premières expositions :

En 1907, à 14 ans, il commence sa formation et étudie d’abord le commerce. Mais il n’a pas de goût pour les études et préfère les cours de dessins. Il dessine avec précision les objets qu’il voit.

De 1907 à 1910, de 14 à 17 ans, en même temps que ses études de commerce, il se forme à l’École des Beaux arts de Llotja. Il étudie la peinture de paysage et les arts décoratifs.

À 17 ans, il entre à l'École d'art de Barcelone pour se perfectionner en peinture.

De 1910 à 1911, de 17 à 18 ans, Joan travaille dans une entreprise de quincaillerie et de produits chimiques comme employé aux écritures. Il se partage entre le travail et sa passion artistique. Il participe à la sixième Exposition internationale d’art à Barcelone.
Mais cette double activité l’affaiblit et il attrape la typhoïde. Ses parents l’envoient en convalescence à Mont-roig, dans la ferme qu’ils viennent d’acheter. Dès lors, il y passera tous ses étés. Mont-roig est un lieu où il vient se ressourcer et où il trouve en partie son inspiration.

De 1912 à 1915, de 19 à 22 ans, le jeune artiste continue sa formation à l’Escola d’art de Francesc Galí, école privée qui enseigne tous les arts et les idées de l’avant garde européenne. Il découvre la peinture moderne : Van Gogh, les fauves, les cubistes… Il montre des talents à dessiner non ce qu'il voit ou touche, mais ce qu'il rêve.
En 1913,il entre au Cercle Artístic de Sant Lluc. Il se consacre à l’étude de la figure humaine d’après modèle. Il y expose trois œuvres.

  • Un Fauve catalan (1915-1917), un cubisme mêlé de fauvisme (1916-1919)

En 1915, Joan Miró commence des cours de modelage et dessine beaucoup. L’été à Mont-roig, il peint des paysages proches du fauvisme par leur couleur.
Il fait aussi cette année son service militaire. Il a 22 ans.

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Salle de l’exposition «Miró» (Grand Palais 2018) présentant les premières peintures fauves catalanes. Photo © Didier Plowy, Paris 2018

 

 

 

 

 

 

 

De 1916 à 1918, de 23 à 25 ans, Miró rencontre Joseph Dalmau, galériste marchand d’art catalan. Celui-ci découvre, à Paris, l’art d’avant-garde et l’introduit à Barcelone.

Miró aime lire les poètes catalans et les écrivains français comme Guillaume Apollinaire (Le Poète assassiné) ainsi que les revues et des journaux littéraires français comme Nord-Sud.

♦1916, Il peint La Rose, (1er tableau sur le mur de droite)

Alors que la France est plongée dans la première guerre mondiale, les salons artistiques parisiens s’expatrient pour exposer l’art français. C’est ainsi que Joan visite L’Exposition d’art français au Palais des Beaux Arts de Barcelone. 1 458 œuvres impressionnistes, symbolistes, fauvistes y sont présentées.

En 1917, il assiste à Barcelone à une représentation du Ballet Parade (livret de Jean Cocteau, musique d’Erik Satie, décors de Picasso).

♦Il peint Nord-Sud et Portrait de Vicens Nubiola (Homme à la pipe)

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Salle de l’exposition «Miró» (Grand Palais 2018) présentant Nord-Sud (en face), La Rose (à droite : 1er tableau ),Portrait de Vicens Nubiola ( à droite : 2e tableau). Photo © Didier Plowy, Paris 2018

 

 

 

 

 

 

 

 

  

À Mont-roig et ses environs, Il s’inspire des paysages et de la vie paysanne pour ses peintures.

En 1918, il présente sa première exposition à la galerie Dalmau. Il essaye le cubisme et le fauvisme. Sa peinture est une synthèse de ces deux mouvements mais le style est plutôt grossier et les couleurs agressives.


Il peint Nu debout. 

En 1919, à 26 ans,♦Il peint l’Autoportrait (œuvre acquise par Picasso que celui-ci gardera toute sa vie).

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Joan Miró (1893-1983) Autoportrait, 1919. Huile sur toile, 73 x 60 cm. Paris, Musée national Picasso-Paris, donation héritiers Picasso 1973 /1978
© Successió Miró / Adagp, Paris, 2018

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Nouveau style : les peintures  détaillistes, 1918-1922

Il l’explique en ces termes à son ami Enric Cristòfor Ricart (artiste peintre et graveur et ami): «…Pas question de simplification ni d’abstraction, mon vieux. Pour l’instant, ce qui m’intéresse le plus c’est la calligraphie d’un arbre ou d’un toit ; feuille par feuille, branche par branche, brin d’herbe par brin d’herbe, et tuile par tuile. Cela ne veut pas dire que ces paysages à la fin ne seront pas cubistes ou furieusement synthétiques. ». Cette période se termine en 1922.

Il peint Le Potager à l’âne.
Il peint La Maison du palmier.
♦Il commence à peindre le Nu au miroir d’après un modèle vivant, en atelier.

 À Mont-roig, il peint toujours des paysages , mais plus épurés

♦Il peint Le Village de Mont-roig
♦Il peint Vignes et oliviers.

La guerre est finie, rejoindre Paris est enfin possible.  

  • Miró se partage entre Paris et la Catalogne

En 1920, à 27 ans,Miró arrive, pour la première fois, à Paris. Il y retrouve des artistes et écrivains catalans. Il se rend à l’atelier de Picasso. Il visite les musées, les expositions. Il est sous le charme de la capitale française.

Il scelle son destin, de retour à Barcelone : dorénavant, il va partager son temps entre Paris et la campagne catalane.

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Les lieux d'inspiration de Joan Miró: Barcelone, Mont-roig, Paris, Palma, Varengeville-sur-Mer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il Participe au XIIIe Salon d’automne à Paris et expose dans la section catalane deux peintures : Autoportrait et Mont-roig, l’église et le village. Pour lui, il faut être un catalan international.

♦Il peint Le Cheval, la pipe
♦Il peint La  Fleur rouge
♦Il peint Le Jeu de cartes espagnoles.

Il participe à une exposition de l’avant-garde française à Barcelone, avec ces 3 œuvres.

►En 1921, Miró retourne à Paris pour la seconde fois. Il travaille dans l’atelier du sculpteur Pablo Gargallo, au 45 rue Blomet.
Il fait la connaissance de Pierre Reverdy et de Tristan Tzara (deux poètes) et se lie d’amitié avec Max Jacob (poète et romancier, artiste et critique; précurseur de Dada et du surréalisme).

Sa première exposition personnelle a lieu dans une nouvelle galerie (La Licorne, rue la Boétie). Il présente 29 peintures et 15 dessins. Il y vend quelques œuvres et est salué dans la presse.

Il retourne l’été à Barcelone et Mont-roig et y peint des Paysages catalans.

♦Il peint La Ferme.

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Joan Miró (1893-1983) La Ferme, 1921-1922. Huile sur toile, 123,8 × 141,3 cm. Washington, National Gallery of Art, don de Mary Hemingway, 1987. © Successió Miró / Adagp, Paris, 2018

 

Tous les éléments de langage de la peinture de Miró se retrouvent dans ce tableau, La Ferme:
-les astres, (soleil zénithal);
-le paysan, suggéré par les sillons creusés dans la terre qu’il a travaillée ;
-les ustensiles ménagers, à l'origine de ses futures sculptures;
-les animaux : chèvre, oiseaux, lapins, cheval, lézard, escargot, grenouille, coq, poule, chien…;
-la femme, etc.

Miró écrit à propos de cette peinture qu’elle lui a pris « Neuf mois de travail incessant ! Neuf mois de peinture quotidienne, de repentirs, d’études préparatoires jetées au panier ! La Ferme était le résumé de toute ma vie à la campagne. Du grand arbre au petit escargot, je voulais placer dans cette toile tout ce que j’aimais de la campagne. […] je travaillais sept à huit heures par jour. Je souffrais terriblement, horriblement, comme un damné. »

 

Il peint Portrait d’une danseuse espagnole.

De mars à juin 1922, à Paris il travaille en atelier et rencontre André Masson (peintre et graveur, surréaliste)  Leur façon de travailler est complètement différente Masson s'inspire dans le désordre alors que Miró s’attache à travailler dans l’ordre et à la propreté.
Le 20 décembre, il présente La Ferme au Salon d’automne. Il reçoit de bonnes critiques.

À Mont-roig, il achève, cette année, ces dernières toiles de sa période dite  aussi « réaliste » 

♦Il peint Nature morte I et II, L’Épi de blé et commence La Fermière.
 

  • Un nouveau langage poétique - sa période surréaliste

Il achève sa série de natures mortes commencées l’été précédent à Mont-roig et se détache de plus en plus de la réalité.

►En 1923, à Paris, il s’installe définitivement dans l’atelier de la rue Blomet. Grâce à André Masson, il rencontre Michel Leiris, Antonin Artaud, Georges Bataille, Robert Desnos, Jean Dubuffet, Paul Eluard, Marcel Jouhandeau, Georges Limbour, Raymond Queneau, Armand Salacrou. Tous ces écrivains, et artistes pour certains, souhaitent créer un nouveau langage poétique.

Influencé par l’imagerie médiévale et les peintures murales de Catalogne, Miró développe un nouveau langage. Il schématise les éléments qu'il représente. La perspective disparait de ses peintures. Il écrit alors : « J’ai réussi à me détacher absolument de la nature et les paysages» .

Il peint, dans cet esprit, Terre labourée et Paysage catalan.  

En 1924, à Paris, il découvre la peinture de Paul Klee.
Il commence la nouvelle série des grandes peintures monochromes quadrillées au fusain, à la craie, au crayon noir et à l’huile : 

♦Il peint La Lampe à kérosène
♦ll peint Portrait de Mme K
♦ll peint cinq toiles colorées: Le Carnaval d’Arlequin et Tête de paysan catalan II.

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Joan Miró (1893-1983),Tête de paysan catalan, 1925. Huile et crayon sur toile, 92 × 73 cm. Londres, Tate : acquis conjointement avec la Scottish National  Gallery of Modern Art avec le soutien de l’Art Fund, des Amis de la Tate Gallery et  du Knapping Fund 1999 © Successió Miró / Adagp, Paris, 2018

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À Mont-roig, il fait de nombreux petits dessins sur fond de bois peint qu’il offrira à ses amis. Il exécute aussi une série de peintures monochromes : 

♦Il peint Sourire de ma blonde (jaune)
♦Il peint Maternité (gris)
♦Il peint Baigneuse (bleu)

Il décide complètement de changer ses choix de peinture : « Destruction quasi-totale de tout ce que j’ai laissé l’été dernier […] Je me dégage de toute convention picturale (ce poison) […] Mes dernières toiles, je les conçois comme un coup de foudre, absolument dégagé du monde extérieur (du monde des hommes qui ont des yeux dans le creux de dessous leur front. »

En1925, c’est une période de grande créativité. Il remplit ses carnets de notes et de dessins. Ils lui serviront à la première série des Peintures de rêves : «Comment me venaient ces dessins, ces idées  de tableaux ? Je rentrais le soir dans mon atelier de la rue Blomet, je me couchais, je n’avais pas toujours mangé, je voyais des choses, je les notais dans des carnets. Je voyais  des formes dans les lézardes des murs, sur le plafond, surtout le plafond.»

Les écrivains surréalistes lui achètent plusieurs toiles et adoptent officiellement Joan Miró dans leur groupe.

♦Il peint une Peinture-poème Photo : Ceci est la couleur de mes rêves

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Joan Miró (1893-1983) Peinture-poème Photo : « ceci est la couleur de mes rêves », 1925 . Huile et inscription à la main sur toile, 97 × 130 cm. New York, The Metropolitan Museum of Art © Successió Miró / Adagp, Paris, 2018

 

 

 

Les Peintures oniriques  ou « Peintures de rêves » sont des réalisations spontanées qui  annoncent sa future peinture gestuelle.

Il exécute également des tableaux-poèmes, comme "Étoile en des sexes d’escargot", "le corps de ma brune puisque je l’aime comme ma chatte habillée en vert salade comme de grêle c’est pareil".

►En 1926, à Paris, il réalise avec Max Ernst les décors et une partie des costumes de Roméo et Juliettepar les ballets russes.

 

Son père meurt. Il retourne à Mont-roig auprès de sa mère. 

Il s'attaque à une série de nouvelles peintures aux aplats de couleurs saturés.
Il les appelle Paysages imaginaires :

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Salle de l’exposition «Miró» (Grand Palais 2018) présentant les Paysages imaginaires. Ici  de droite à gauche: Le lièvr, Paysage au cop, Chien aboyant à la lune. Photo © Didier Plowy, Paris 2018

 

 

 

♦Il peint Personnage lançant une pierre à un oiseau
♦Il peint  Chien aboyant à la lune, …
♦Il peint  Paysage (Paysage au coq)
♦Il peint  Paysage (Le lièvre)
 

 

 

 

►En1927, à Paris, une deuxième série de toiles sur fond uni brun ou bleu reprend le thème du cirque, puis une troisième série de peintures sur fond bleu outremer saturé est consacrée aux Fratellini (famille d'artistes de cirque).
Pour la première fois, la presse parle d’« assassinat de la peinture » à propos de sa démarche. Ce terme, qui sera repris à de nombreuses reprises, deviendra le slogan de l’artiste.

Miró et Salvador Dalí entrent en contact.

►En1928, à Paris, il réalise ses premières peintures-objets et des collages qu’il intitule Danseuses espagnoles.

C'est une année prolifique pour Miró, il vend ses œuvres et a les éloges de la presse.

De son voyage en Hollande et Belgique, il réalise la série des Intérieurs hollandais d'après ses esquisses et des cartes postales.

« Ce que je fais maintenant est différent de ce que je faisais dans le passé – énormément poussé – cependant, c’est proche de Terre labourée et du Carnaval d’Arlequin. »

►En1929, à Paris, Miró réalise des portraits imaginaires d'après les maîtres de la peinture :

Il peint Portrait Mistress Mills en 1750, d'après George Engleheart;
Il peint Portrait d'une dame, d'après Constable;
Il peint La Fornarina, d'après Raphaël;
Il peint La Reine Louise de Prusse, d'après la reproduction d'une publicité pour un moteur Junkers.

À Mont-roig, il réalise de grands collages monochromes avec des papiers découpés. Il y ajoute du  fil de fer, des chiffons, des plaques de goudron.

À partir de cet été et jusqu’en 1935, l’artiste décide de ne plus signer ses œuvres. Ses collages ne porteront au dos que la mention d'une date. 

►En 1930, à Mont-roig, Il réalise ses premières « Constructions», avec du bois brut, du fer, et des objets assemblés.

►En1931
Il finit sa «peinture-objet» Homme et femme, première de la série; 
Il finit sa série de petits et moyens formats avec Tête humaine;
Il commence une série de peinture à l'essence sur papier Ingres, comme Personnage;

Il reçoit la commande des costumes et décors de Jeux d'enfants pour les Ballets russes de Monte-Carlo.

►En1932,

Les conséquences de la crise financière de 1929 obligent Miró, qui n'a plus les moyens à quitter Paris et à s'installer à Barcelone. Son atelier est la chambre où il est né.

Il travaille sur les décors et les costumes de Jeux d'enfants, à Monte-Carlo.
Il réalise des petites peintures colorées sur carton et sur bois dont le thème est la morphologie féminine.

  • Le marché américain s'ouvre à Miró

Il expose pour la première fois à New York, grâce à Pierre Matisse (fils du peintre Henri Matisse), marchand d'art franco-américain. Bien que la presse en fasse les éloges, il ne vend aucune œuvre.

►En1933-1934, il réalise des collages composés d'illustrations d'objets et de machine qu'il découpe dans les catalogues. Ce travail lui sert à la réalisation d'une série de peintures de grand format.

De retour à Paris, il s'initie la gravure à la pointe sèche, au burin et à l'eau forte auprès de Louis Marcoussis (peintre et graveur polonais devenu français).

À Mont-roig, il exécute des dessins-collages à partir de cartes postales, procédé utilisé par les artistes surréalistes.

Il exécute aussi durant l'hiver quatre cartons de tapisserie :
Personnage avec étoile,
Hirondelle-amour,
Personnage rythmique,
Escargot-femme-fleur-étoile.

  • La montée du fascisme et de l'angoisse : début des Peintures sauvages

Les grands pastels qu'il réalise au cours de l'hiver 1933-1934 marquent le début des Peintures sauvages. 

►En1935-1936, il peint Tête d'homme - Collection du Centre Pompidou
et Corde et personnage I et II . Les figures sont monumentales, difformes et aux couleurs vives.  Miró montre ainsi son angoisse face à la montée du fascisme en Espagne.

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Salle de l’exposition «Miró (Grand Palais 2018), salle «La Montée des fascismes» © Didier Plowy, Paris 2018

 

 

« Inconsciemment je ressentais l’atmosphère de malaise annonçant qu’il va se passer quelque chose de grave. Comme avant la pluie : mal de tête, douleur dans les os, humidité oppressante. C’est un malaise plus physique que moral.  Je pressentais une catastrophe et je  ne savais pas laquelle ; et ce furent la guerre civile espagnole puis la guerre mondiale. J’essayai de représenter cette atmosphère tragique qui me tenaillait et que je sentais en moi. »

Il peint sur carton, mais aussi sur cuivre et sur masonite (panneau de fibres dur de haute densité fabriqué à partir d’une mouture de bois) toujours dans le même style angoissé.
il peint Homme et femme devant un tas d'excréments

Miró continue à utiliser toute sorte de matériaux comme supports à sa peinture :  papier goudronné et sablé des toitures des baraquements pour ses Grafittis sur papier goudron, ou pour ses assemblages : tronc de caroubier pour les Métamorphoses sur papier Ingres.
Il commence L’Objet du couchant, .

Devant la menace d'une guerre civile grandissante, Miró quitte Barcelone et se rend à Paris.
Sa femme et sa fille le rejoigne en décembre. Ils resteront à Paris jusqu'en 1940.
Il écrit en français des textes poétiques en prose accompagnés de notes en catalan. 

  • Nouvelle conception, nouvelles œuvres

►En1937, Miró reste à Paris, 

Il peint  : Nature morte aux vieux souliers, d'une conception entièrement nouvelle. 

Il suit des cours à l'Académie de la Grande-Chaumière où il exécute des dessins de nus d'après modèles. De ses études, il va imaginer de multiples formes et en tirer des signes qu'il va associer de différentes façons et ainsi multiplier ses créations avec des combinaisons à chaque fois différentes.

«J’ai compris que le réalisme, un certain réalisme, est un excellent moyen pour surmonter le désespoir tandis que la forme maltraitée vous amène à la mutilation, à la monstruosité. Je me suis donc remis à dessiner. Réfléchissant aux inépuisables possibilités du signe, j’en arrivais à l’envisager comme un extraordinaire facteur de mobilité et je le traitais comme tel.»

Guernica est bombardée par les allemands. Des fonds sont levés pour aider l'Espagne républicaine. Miró est mis à contribution : 

♦Il crée un timbre : Aidez l'Espagne
Lui et Picasso peignent chacun une peinture murale pour le pavillon de l'Espagne républicaine à l'Exposition universelle. La peinture de Miró s'intitule El Segador (le Faucheur), aujourd'hui disparue. Elle représentait un paysan catalan révolté.

►En 1938,

Il peint Portrait I et Portrait II.
Il dessine, fait des gouaches et des gravures (gravures à la pointe sèche, première gravure sur linoléum).

Il réalise des peintures murales pour les maisons de ses amis.

Il peint Une étoile caresse le sein d'une négresse

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Joan Miró (1893-1983),Une étoile caresse le sein d’une négresse (peinture-poème), 1938. Huile et inscription à la main sur toile; 130 x 195 cm
Royaume-Uni, Londres Tate Modern Gallery
acquisition 1983 © Successió Miró / Adagp, Paris, 2018. Photo Successió Miró Archive

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Varengeville-sur-Mer,  Palma de Majorque, Mont-roig: « Constellations »

En 1939,
Il exécute la série de Vols d’un oiseau sur la plaine inspiré par le vol des corbeaux lors d’un voyage en Normandie.
Il exécute la série de Varengeville petites peintures sur fond rouge.
Il commence  la série de Barcelona  petites peintures sur fond rouge.

►En 1940, 
Miró s’installe à Varengeville, en Normandie. Il commence à travailler ♦la série des «Constellations », 23 gouaches sur papier de 38 x 46 cm.
La vie est difficile depuis le début de la guerre entre l’Allemagne et la France. Miró se renferme sur lui-même pour s’échapper de la réalité. Il s’intéresse à la nuit étoilée, à la musique. Il imagine ces constellations composées de formes ramenées à des signes pour représenter femmes, oiseaux, serpents, escargots, échelles, soleils, lunes, étoiles.

Fin juillet, il quitte la France pour s'installer, dans l'anonymat, à Palma de Majorque où il continue à peintre des «Constellations ».

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Joan Miró (1893-1983) Femme et oiseaux, 13 avril 1940 Gouache et huile sur papier, 38 × 46 cm Monaco, Nahmad collection © Successió Miró / Adagp, Paris, 2018.

 

 

 

►En 1941, il retourne à Mont-roig où il termine sa 23e «Constellations».

Cette année New York le célèbre par une première grande exposition retrospective de son œuvre et la première monographie sur l'artiste. Il est placé parmi les plus grands créateurs du XXe siècle.

 

  

 

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Salle de l’exposition «Miró (Grand Palais 2018), cimaise présentant  cinq «constellations» © Didier Plowy, Paris 2018

 

 

 

 

 

 

 

  • Réflexion vers la sculpture

►En 1942, installé avec sa famille à Barcelone, il envisage de commencer des sculptures: «C’est dans la sculpture que je créerai un monde véritablement fantasmagorique, de monstres vivants, ce que je fais en peinture est plus conventionnel»

►En 1944, il recommence à peindre sur toile, sur des petits formats, à l’huile mais aussi à l’encre de Chine. Il représente quelques personnages accompagnés de quelques signes de son langage pictural : soleils, lunes, étoiles… Il peint également sur des toiles brutes et y représente de nombreux signes et figures.

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Joan Miró. et Josep Llorens Artigas. Vase, 1941-1944
Céramique peinte, hauteur 30 cm. Paris, collection Marc Larock
© Successió Miró / Adagp, Paris, 2018

 

 

 

Il commence les premières sculptures en terre suite et des céramiques.

La céramique demande plusieurs années de pratique pour façonner au tour les formes souhaitées et sans défauts fatals à la cuisson. Miró demande au céramiste Josep Llorens Artigas de l’aider dans cette tâche.

Josep Llorens Artigas explique le début de leur collaboration : «Entre nous commença une collaboration étroite dans laquelle je vis un champ illimité de possibilités. Sans aucun préjugé de métier, la fantaisie de Miró n’avait pas de limites et il m’appartenait en tant que technicien d’éviter les écueils que la liberté de son invention faisait surgir à chaque instant.»

Au début, Artigas tourne les vases et Miró les décore des figures et signes de son langage artistique. 

En 1946, après la fin de la guerre, Miró est dans une situation financière précaire. 
Il continue à peindre et compose des sculptures à partir d'objets trouvés (les assemblages).

«J’utilise seulement les objets que je trouve : je les réunis dans mon atelier […] Je place ces objets en rond par terre et je choisis celui-ci ou celui-là. J’en assemble plusieurs et je réutilise parfois des éléments d’autres sculptures […] Je ne les dessine jamais d’avance, j’assemble simplement les objets.»

Il réalise ses premières sculpture en bronze.
Il réalise L'oiseau lunaire et l'Oiseau solaire

En 1947, Miró reçoit une commande d’une peinture murale sur toile (10 mètres de long par 3 mètres de haut) pour la Gourmet Room du nouveau Terrace l’hôtel Plaza de Cincinnati. Il ira aux USA et mettra 9 mois à l’exécuter. Il profite de ce séjour pour retrouver Stanley Hayter (peintre et graveur britannique) et approfondir la technique de la gravure et revoir des connaissances: Louis Bourgeoise, Alexander Calder, Max Ernst…

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Joan Miró (1893-1983, Femmes et oiseau dans la nuit, 5 mai 1947 Huile sur toile, 73 × 92 cm New York, Calder Foundation. ©Successió Miró / Adagp, Paris, 2018.

 

 

 

 

 

 

 

  

En 1948, Miró vit à Barcelone. Il se déplace plusieurs fois à Paris, après huit années d’absence. Il y réalise des gravures (lithographies et chalcographies). Il est représenté par Aimé Maeght (galériste et marchand d’art mais aussi graveur, lithographe… fondateur de la fondateur Maeght de Saint-Paul de Vence) qui organise une exposition de 88 œuvres de l'artiste dans sa galerie. Miró reçoit l’éloge de ses amis.

  • Peintures « lentes »et peintures « à chaud »

En 1949-1953, à Barcelone, Miró crée des peintures dites « lentes », c’est-à dire des peintures réalisées en prenant son temps. Tout est calculé au millimètre près comme l’emplacement de chaque motif. Il peint aussi des peintures exécutées « à chaud » ou « improvisées », c’est-à-dire exécutées vite et brutalement, de manière spontanée, tout à l’inverse des « lentes ». Il mixte les techniques : peinture à l’huile, fusain, gouache, pastel, aquarelle. Il introduit aussi des matériaux comme des bouts de corde, du fil de fer…Ses peintures « à chaud » débouchent sur des « tableaux-objets » nommés ainsi par l’artiste lui-même.

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Salle de l’exposition «Miró (Grand Palais 2018), cimaise présentant  des peintures "lentes"  © Didier Plowy, Paris 2018

 

 

 

Il continue la sculpture et surtout la céramique avec laquelle il veut « porter une coup » Il réalise avec Artigas des terres de grand feu aux formes inspirées de celles qu’on trouve dans la nature.

 

 

 

 

 

  • Palma de Majorque: un espace pour les grands formats

En 1954-1956, Miró achète une maison à Son Abrines (Palma de Majorque) et y fait construire un grand atelier pour accueillir ses grands formats. C’est son ami Joseph Lluís Sert qui le construit

« Dans le nouvel atelier, j’avais de la place pour la première fois. Je pouvais déballer des caisses contenant des œuvres qui s’échelonnent sur des années et des années. Je ne les avais pas vues depuis que j’avais quitté. Paris et le boulevard Blanqui avant la guerre. […] Quand j’ai sorti tout cela, à Majorque, j’ai commencé à faire mon autocritique. »

En 1958, il conçoit avec Artigas des centaines de carreaux de céramique, peintes avant cuisson, pour deux murs de l’immeuble de l’Unesco, à Paris: Mur du soleil et Mur de la lune. Ces murs font 3 m de haut par 15 et 7,50 mètres de long. Nous te laissons calculer la surface totale ! Il y a 585 carreaux de céramique au total.

Miró raconte que « Artigas avait le souffle coupé quand il me vit saisir le balai pour tracer des formes de cinq à six mètres, risquant de compromettre ainsi le travail de plusieurs mois. La dernière fournée a eu lieu le 29 mai 1958. Trente-quatre fournées l’ont précédée. Nous avons utilisé 25 tonnes de bois, 4 000 kg de terre, 200 kg d’émail, 30 kg de couleurs. Nous n’avons vu que les éléments de notre oeuvre, au sol, et sans recul. Aussi attendons-nous avec anxiété et impatience de voir le petit mur et le grand mur dressés dans le cadre et dans la lumière pour lesquels ils étaient faits.»
Le projet reçoit le Guggenheim International Award.

En 1961, dans son grand atelier de Majorque, Miró commence à peintre son triptyque monochrome Bleu I, Bleu II, Bleu III.

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Salle de l’exposition «Miró (Grand Palais 2018) présentant« Bleu I, Bleu II, et Bleu III. Peintures à huile sur toile, 270 x 355 cm (chacune) et l'oiseau solaire (19
Collection du Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris. Photo © Didier Plowy, Paris 2018

 

 

 

Il raconte : « J’ai mis beaucoup de temps à les faire.  Pas à les peindre, mais à les méditer.  Il m’a fallu un énorme effort, une  très grande tension intérieure, pour arriver à un dépouillement voulu. […] Je commençais par dessiner au fusain, avec beaucoup de précision. […] L’après-midi, je regardais seulement ce que j’avais dessiné. Tout le reste  de la journée, je me préparai intérieurement. Et finalement, je me suis mis à peindre : d’abord le fond, tout bleu ; […] tous les mouvements  de la brosse, ceux du poignet, la respiration d’une main intervenaient aussi. “Parfaire” le fond me mettait en état pour continuer le reste. Ce combat m’a épuisé. »

 

Miró peint d'autres triptyques par la suite : triptyque vert, rouge, orange, en 1962: Peinture murale pour un temple I, II, III ; et sur fond blanc, en 1968 : Peinture sur fond blanc pour la cellule d'un solitaire.

De 1962 à 1964, Il travaille aux sculptures monumentales du Labyrinthe de la fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence, avec le céramiste Artigas.

Miró a multiplié les installations sculptées et les céramiques murales (France, Espagne, États-Unis, Suisse…).

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Salle de l’exposition «Miró» (Grand Palais 2018), avec Oiseau solaire, 1966. Photo © Didier Plowy, Paris 2018

 

 

 

À partir de 1966, il entreprend ses premières grandes sculptures en bronze. Cette technique demande une installation spéciale et un travail en fonderie. Il réalise Oiseau solaire et Oiseau lunaire.

Un voyage au japon lui permet de découvrir la calligraphie. Il va intégrer la technique gestuelle de cet art dans son travail de peintre.

 

En 1967, il colore ses sculptures de couleurs vives: jaune, rouge, vert, bleu, comme ses peintures.

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Salle de l’exposition «Miró» (Grand Palais 2018), sculptures colorées, 1967. Photo © Didier Plowy, Paris 2018

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À partir des années 70, Miró consacrera la majorité de son temps à des commandes publiques monumentales : des sculptures en bronze, des cartons pour des tapisseries, des murs en céramique (façade de l'aéroport de Barcelone, Cinémathèque de Paris) 

Il varie aussi les techniques. Il utilisera exemple la résine synthétique (1971) pour ses sculptures. 

  • Des fondations créées de son vivant

1972 est l'année de constitution de la Fondation Miró (Fundació joan Miró-Centre d'Estudis d'Art Contemporain) qui est construite dans le parc Montjuïc, à Barcelone.

En 1981 Miró crée une nouvelle fondation à Palma de Majorque installée dans ses ateliers qu'il souhaite protéger. Son projet est de «…faire de celle-ci un lieu vivant, de libre discussion  qui rassemble des poètes, des musiciens, des peintres, des artisans ! Du théâtre classique et d’essai. Du cinéma.  Des ballets. Promouvoir chaque type d’activité culturelle du monde,  en train de naître, sans se limiter à des réunions d’intellectuels. »  

Dans les dernières années de sa vie, ses œuvres sont exposées dans le monde entier. 

Il décède un jour de Noël, le 25 décembre 1983, à Majorque. Il est inhumé dans le caveau familial du cimetière de Montjuïc, à Barcelone, non loin de la Fondation Miró.


  • Ses voyages

Miró se déplace beaucoup entre l'Espagne et la France.
Il entreprend d'autres voyages pour visiter les pays et les musées mais aussi pour réaliser certaines œuvres, souvent monumentales (mur de céramiques, peintures murales, sculptures).

En 1927,  4-16 mai : Miró entreprend un voyage en Belgique et en Hollande.  Il visite Bruxelles, La Haye et Amsterdam. 

Il va aux Etats-Unis pour réaliser plusieurs murals

En Suisse, en 1964, il réalise, avec Artigas, une céramique murale pour la bibliothèque de l'École supérieure des sciences économiques, commerce et administration publique de Saint-Gall.

Il part au Japon en 1966, avec Artigas, pour visiter musées, temples…un village de potiers et de céramique. Au Japon, la céramique est un art ancestral et raffiné. Il va également y découvrir la calligraphie.

  • Ses amis 

Des artistes, peintres, poètes et écrivains : Jean Arp (peintre , sculpteur de représentations abstraites et poète), Paul et Gala Eluard, Ernst, Magritte (peintre), Tzara, André Breton (écrivain), le marchand Camille Goemans…

Alexander Calder  avec lequel il entretiendra une amitié profonde. Calder raconte : « Un jour je me rendis à Montmartre pour voir Miró. […] Il fut très gentil et me montra une ou deux de ses peintures […] L’une de ces œuvres était un grand morceau épais de carton gris, avec, collés dessus, une plume, un bouchon et une carte postale. Je restai très perplexe. Cela ne me semblait pas être de l’art. »

Il fait également la connaissance d’Alberto Giacometti en 1927. Ils seront très proches dans les années 1930.

Pauline et Ernest Hemingway et Artigas, le céramiste, les galéristes Aimé et Marguerite Maeght…

  • Les artistes qu'il admire et qui l'ont influencé

Il est très impressionné par les artistes du passé comme Bosch, Brueghel, le Greco, Zurbarán et Goya. 

Il admire Kandinsky. Il écrira à Nina Kandinsky : « Ces gouaches me touchaient au fond de l’âme ; c’était permis, enfin, d’écouter de la musique en même temps et d’y lire un beau poème. »

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